J'ai terminé le ler épisode du récit de mon accouchement au moment où la sage-femme m'annonce que nous allons nous installer en salle de travail
Je me retrouve donc allongée, en blouse bleue, avec une aiguille dans le bras et une charlotte sur la tête. Et je hurle. Mais vraiment. On dirait un cochon qu'on égorge. Les sages-femmes m'engueulent, elles me disent que je vais faire peur à l'autre maman dans la salle d'à côté. On me propose la péridurale que j'accepte malgré le fait que je voulais aller le plus loin possible sans. Mais l'attente de l’anesthésiste va me sembler durer une éternité. En attendant on me propose un masque (d'oxygène, de gaz hilarant? j'en sais rien) mais je n'arrive pas à m'en servir comme il faut, je n'arrive pas à respirer correctement pendant les contractions, je ne peux que hurler, alors c'est inefficace.
Cette sensation est terrible. C'est une vague qui part du ventre et qui me submerge, j'ai l'impression de m'y noyer, je ne vois plus rien, je ne sens plus rien, je ne sais pas où je suis, je suis totalement vulnérable, il pourrait se passer n'importe quoi, je suis complètement à la merci des gens autour. Pendant tout le travail et la naissance proprement dite, il n'y aura que la voix de mon mari qui me parviendra de façon nette, comme un phare dans la tempête. Les voix des médecins et sage-femme ne me parviennent que de très loin, comme floues.
Enfin, l'anesthésiste arrive. Je suis alors dilatée à 7. Mon homme doit sortir, il en profite pour aller faire les papiers administratifs et aller chercher la valise du plancton, parce que ce que nous avions préparé et mis dans le panier pour la naissance ne convient pas à la Sage-Femme!
La pose de la péridurale est une épreuve. Il ne faut pas bouger, alors je hurle de plus belle pendant les contractions, et l’anesthésiste m’engueule parce qu'elle n'arrive pas à se concentrer. Je vais un effort dantesque pour me maîtriser.
Elle fait effet rapidement et est très bien dosée, je n'ai pas mal, mais je sens très bien se qui se passe dans mon corps, j'ai juste les jambes un peu engourdies.
Mon homme revient vite. Je revis.
Je suis à dilatation complète. La SF me propose d'attente quand même un peu que le plancton descende encore , si on s'y met de suite, il faudra d'avantage pousser.
Je peux attendre. Mais l'envie de pousser est là. honnêtement c'est la même sensation que lorsqu'on doit se retenir d'aller aux toilettes (glamour toujours).
Ça pousse de plus en plus. La SF revient avec le gynéco. Ce n'est pas celui qui m'a suivit, je ne le connais pas mais honnêtement je m'en fou. Ils se mettent en place. Je ne sais absolument pas ce qu'ils vont trafiquer pendant la naissance. Je ne les entends pas, je ne les vois plus, je suis dans un autre monde, je sais juste que mon homme est auprès de moi, et c'est tout ce dont j'ai besoin.
C'est donc le moment de pousser. Les médecins me laissent totalement le champs libre. C'est moi qui leur indique quand vient la contraction et que c'est alors le moment de pousser. J'ai alors le sentiment d'avoir le contrôle sur ce qui se passe et c'est génial. Je voulais vraiment être active pendant mon accouchement et ne pas le "subir".
Alors je pousse, de manière très instinctive. Je sent parfaitement mon bébé qui se fraye un passage, et j'entend très vaguement les médecins me dire que je fait du bon travail.
Je les entend également me dire que la poche des eaux s'est rompues. Et puis soudain, un bruit. Qui va immédiatement me ramener à la réalité. Je n'ai rien senti mais je sais parfaitement ce que c'est. CLAC. Il m'a découpé. L'épisio, ma hantise. Sur l'instant ce bruit traumatisant s'estompe vite, j'ai autre chose à penser. Mais avec le recul je suis terriblement en colère. Un homme m'a entaillé la chair, sans mon consentement, dans un moment de la vie où j'étais le plus vulnérable. Je ne vais pas remettre en cause la nécessité de ce geste, mais bordel, ça lui aurait écorché la gueule d'au moins prévenir et dire ce qu'il faisait?!
Bref. Une poussée de plus. La SF me propose de sentir le bébé qui est juste là. Je touche quelque chose, ce n'est pas mon corps, c'est mon tout petit, c'est incroyable.
Encore une poussée. Un cri. Ce n'est pas moi, c'est mon Plancton. Il n'est même pas encore totalement sorti qu'il donne déjà de la voix!
Et puis enfin on me le pose sur le ventre. Mon tout petit. Il est parfait. Je vois mon homme verser quelques larmes. Moi je ne réalise pas encore. Mais c'est magique.
On me le reprend bientôt pour lui faire les premiers soins. C'est dans la même pièce et je peux voir tout ce qu'on lui fait pendant que le Gynéco s'affaire à me recoudre et à faire tout ce qu'il y a à faire à ce moment là.
Quand tout est terminé, on me redonne mon plancton. Pendant deux heures, il sera tout contre moi. Nous nous découvrons tout les trois. C'est magique.
Notre nouvelle vie commence